91708679Voilà, c'est le temps qu'il m'a fallu pour écrire les vingts premières années de ma vie. Treize mois de gestation pour accoucher d'un roman de 527 pages et je n'éprouve aucune fierté de l'avoir terminé. Rien de rien. Je suis content mais je sais qu'il reste tellement à faire : corriger, corriger. Réécrire, écrire, supprimer, gommer, déplacer...

J'ai délaissé ce blog car je voulais consacrer 100% de mes mots à mon récit.

Tout ça est encore très frais. Je ne sais plus trop par quel bout prendre ce blog. Dessiner un roman, dessiner des âmes, je crois que c'est toujours d'actualité dans ma vie. Je voulais juste dire que je n'avais pas de conseils à donner en matière d'écriture car c'est une activité qui recelle à mes yeux du mystère. Je ne sais pas comment nait cette envie. Je sais ce qui la nourrit mais honnêtement, je ne conçois pas l'écriture comme une activité uniquement créatrice, comme une simple volonté de créer un monde, des personnages. Je l'ai peut-être affirmé sur ce blog par le passé mais soyons réaliste, quand on écrit, on retranscrit. Ses émotions, son resssenti, ses rêves, ses frustrations, ses errements, ses questionnements et chez moi ils sont beaucoup trop nombreux.

J'ai écrit 4 romans aujourd'hui. J'ai invité mon colocataire, celui qui prend ma place lorsque je suis en face de mon écran et que je souhaite déverser. Ce colocataire ne s'encombre pas des aspects réalistes de la vie. Il se moque de la diplomatie, il n'a que faire des loisirs, de l'oisiveté. Il mobilise toutes les fonctions cérébrales, il fait tourner la machine à plein régime. Il va aussi loin qu'il peut aller pour que ce qu'il a à dire soit fidèle à ma réalité. Ce colocataire, j'en ai découvert un peu plus sur lui. Il est en partie un enfant. Celui qui sommeille en moi. Celui qui ne comprend pas les codes et les conventions du monde des adultes. Celui qui cherche, qui creuse, qui met les mains dans le camboui, qui ne lésine pas sur les moyens pour déterrer la merde. Il prend le temps qu'il juge nécessaire pour achever l'oeuvre, il  ne mesure pas les conséquences de ses actions sur ma vie. Quand l'ouvrage est terminé, je reprends le volant. Et je trouve un champs de ruine. Le manque de tact de mon colocataire m'a souvent fait perdre un ou une amie cher(e) en route, il a semé le désordre dans mon appartement, il a tendu mes relations avec les autres au boulot, il a rendu ma vie si solitaire que je me demande qui je vais bien pouvoir contacter. Il a semé des réponses à des questions que je ne m'étais pas posées, il a levé de nouvelles interrogations. Il a mis en relief ma capacité à être un monstre, il m'a également conté la personne bien que j'étais. Il m'a révélé que j'étais toujours en devenir, mais qu'aujourd'hui, je suis encore perdu, que je ne suis jamais devenu. Il m'a permis de comprendre que mon mode de fonctionnement était la survie. Et jamais la vie. Il m'a expliqué pourquoi j'étais si désocialisé et pourquoi j'étais si inadapté aux autres. Il a cassé tous mes codes de fausseté, il m'a montré que jamais je ne deviendrai si je n'étais pas vrai dans tous les sens du terme.

Etre vrai, qu'est-ce que c'est que ça ? C'est simplement être soi, correspondre à ce que l'on est, ce que l'on veut devenir, quitte à détruire tout ce qui ne cadre pas avec ça. Ne rentrer dans aucun moule et encore moins faire semblant de le faire. Etre soi, c'est s'inventer et s'imposer. Imposer sa singularité, avancer, contre vents et marées. Quelque soit l'avis d'autrui. Etre vrai, c'est angoissant. Je n'ai pas appris à l'être. Toute ma vie, j'ai tenté de coller à un schéma préétabli. Tenté de ressembler à quelqu'un. Tenté de séduire sans jamais me demander si les bonnes personnes étaient en face de moi.

Mon colocataire m'a expliqué pourquoi c'était par le biais de l'écriture que trouvais l'unique moyen de m'exprimer. Il m'a montré qu'on n'écrivait pas par frime ou pour se donner une contenance. Que ce n'était ni un hobbi, ni un métier. Qu'il n'y avait pas de méthode. L'écriture comme seul moyen d'expression, comme l'ultime rempart qui me sépare du monde. Je suis mauvais dans ma communication orale. Maladroit, insincère. Car l'immédiateté de l'oral n'est pas faite pour moi. C'est le différé de l'écrit qui permet à ma pensée de se poser, de se structurer. Non, écrire n'est pas un snobisme. C'est un moyen de survie. C'est la seule chose qui me permette d'affirmer que je suis sur terre, de crier que je suis là et de le faire avec aise.

Avec ce roman terminé, je dois nettoyer les traces laissées par mon colocataire. Je dois prendre conscience de toutes mes vérités et espérer en ma capacité de les digérer et de trouver un moyen d'avancer.

Il faut que j'avance dans cette vie. En serai-je capable  ?