Starting over

Bon, j'ai presque terminé les corrections. Non pas que je me sois précipité, c'est juste que j'avais déjà réalisé un gros travail de correction en amont, pendant la conception du récit. En gros, chaque chapitre a été relu, retouché, recommencé, bichonné au fil de l'eau et pas question de passer au suivant tant qu'il restait ne serait-ce qu'une poussière sur l'écran. Donc, je retrouve peu de coquilles, peu de fautes, ce qui est nouveau chez moi. J'ai surtout ajouté des passages, travail toujours délicat lorsqu'il s'agit de les insérer dans un texte déjà construit. Il faut demander aux autres de se pousser, de faire de la place et de considérer le nouveau paragraphe venu comme un des leurs. Ne pas lui montrer qu'il est venu parfois, un an après les autres. Le nouveau venu doit trouver sa place, prendre le rythme de ceux qui sont déjà là. Il doit se fondre dans la masse, il est même supposé apporter une valeur ajoutée au texte de départ. Comme un remplaçant au foot, il doit s'intégrer, dynamiser l'ensemble. Rendre le tout plus fluide et plus cohérent. Quand je relis mon texte, je sais exactement ce qui est venu se greffer sur le tard, ça me saute aux yeux. Mais si ce n'est pas trop mal fait, le lecteur ne doit pas s'en rendre compte.

Maintenant que mon roman est tout beau, tout luisant, maintenant qu'il est une belle voiture rutilante, prête à faire du bruit, à pétarader, à lacher ses chevaux, je ne sais pas quoi en faire. C'est la première fois que ça m'arrive. J'hésite, j'atermoie, je tergiverse. Habituellement, je recherche des bêta lecteurs (et pas des lecteur bêta ;-)). Habituellement, j'ai besoin de validation, besoin d'avis, de ressentis. J'envoie mon manuscrit aux bonnes âmes qui sont intéressées par ce que j'ai à dire. Je l'envoie alors qu'il n'est pas fini. Cette fois, je n'en ressens pas le besoin. Je pense même que le moment de le faire lire n'est pas venu. Une ou deux personnes me l'ont demandé, et je repousse toujours le moment de le leur envoyer. Mon roman est terminé et je ne sais même pas quand je vais démarcher les éditeurs, ni lesquels. Je sais que j'en démarcherai peu et que je ne dépenserai pas beaucoup d'énergie pour ça.

En fait, je vous être franc. Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit uniquement pour moi. Pour ma thérapie, mon bon plaisir, pour gonfler mon égo (ou le dégonfler), pour me donner un rendez-vous : l'entame du prochain. Si un ou des lecteurs aiment, se reconnaissent dans ma petite voix intérieure, tout le monde sera gagnant. Mais là, mon but n'était autre que d'écrire cette biographie, celle du petit Léo (mon double, mon clône), enfant sectarisé sortant, qui a grandi dans une famille nombreuse qui s'est déracinée du Nord pour rejoindre le sud. Raconter les vingt première années de ce petit lui, ce petit moi, qui a grandi, mais qui était déjà grand dès la petite enfance car ses parents avaient consacré leur vie à EUX, à ÇA. Ce petit Léo déjà grand mais qui a du mal à grandir, voilà l'histoire que j'ai mis treize mois à écrire. Comment vit-on dans une famille nombreuse, modeste, ancrée dans une utopie et étouffée par une doctrine aux relents apocalyptiques ?

Je ne sais pas encore ce que je vais écrire après ça. Il ne va pas être aisé pour moi de revenir à de la fiction pure. A rester aussi sincère dans mon propos dans un monde que j'inventerais.

Comment on dit en anglais déjà ? Starting over. Oui, j'aime bien cette langue, en deux mots, tout est dit.

Tout est à reinventer maintenant. Comme toujours.