Dessine-moi un roman

dimanche 26 avril 2015

Ce jour-là, j'ai commencé à détester les terroristes

CE jour-là

Ce jour-là, j'ai commencé à détester les terroristes. Pour moi, qui vient de dépasser les trente-cinq ans, ce jour a probablement commencé  en 1995, lors du premier attentat contre le RER à Paris. J'étais en seconde et un nouveau dispositif de sécurité venait d'émerger : le plan vigipirate. Ce nom était amusant. Il y avait le mot pirate dedans. En vrai, je ne me sentais pas vraiment en danger, j'habitais Antibes et prendre un RER, c'était à des années lumières de mon quoitidien. Le terrorisme, c'était les reportages de TF1 et de France 2 qui le décrivaient. Pas de BFMTV ni d'Itélé à l'époque. Là où j'habitais, nous recevions CNN et je regardais régulièrement même si j'étais encore loin de tout comprendre. Si notre actu passait sur CNN, c'est que la menace était sérieuse. Et sur CNN, on parlait de nous : la France. Des islamistes radicaux s'était promis de détruire notre beau pays, de mettre à mal notre liberté de penser, notre liberté d'expression. Ça m'inquiétait vaguement mais le plan vigipirate allait tous nous protéger. Des grilles étaient figées devant l'entrée du bahut, c'était un signe. Les années 90 étaient les années du progrès, on en sortirait plus fort. On avançait vers le vingt-et-unième siècle en toute confiance et ce n'était pas ces guignols barbus qui tuaient au nom de Dieu qui allaient nous empêcher de progresser vers plus de lumière.

    Il y a eu d'autres attentats, puis une guerre au kosovo, des massacres perpétrés. Il y a eu la mort de Lady Di, la victoire en coupe du monde d'une équipe black blanc beurs, le bug de l'an 2000 qui n'a pas eu lieu, la pollution de nos côtes, la défaite d'Al Gore à la présidentielle aux États-Unis. Tout ça, c'était pas folichon, mais nous restions persuadés que les années attentats étaient derrière nous. Que la sauce mixité prenait enfin (la coupe du monde, c'était quand même pas rien !) Que les politiques savaient un petit peu ce qu'ils faisaient, que les services de renseignements nous protégeaient. Que les sectes millénaristes allaient disparaitre après le passage à l'an 2000. Que Jéhovah prendrait sa retraite et que ses témoins n'allaient plus nous réveiller le dimanche matin avec leur face dépressive, leur fausse honnêteté et leurs mensonges éhontés.

    Et puis il y a eu le 11 septembre 2001. Et là, ça a vraiment tout changé. Nous sommes entrés dans l'ère de la guerre contre le terrorisme. Pour certains, tout ceci n'était qu'un vaste complot mettant en scène les américains eux-mêmes. Qui auraient précipité des avions dans des tours pour mieux attaquer l'afganisthan, avec l'Iraq en ligne de mire... Je n'ai personnellement jamais adhéré à ces théories complotistes. Je préfère admettre la réalité même si elle s'avère décevante. Je ne vais pas revenir sur tout ça, mais mes espoirs d'un monde meilleur, d'un monde qui avance, se sont éteints avec les tours jumelles du World Trade Center le 11/09/2001.

    Sonnante et trébuchante, la trentaine s'est annoncée, je devenais un vrai adulte. Le monde allait bientôt connaitre Fukushima, les révolutions tunisiennes, lybiennes et égyptiennes. La Syrie allait devenir un vaste tombeau, le nid des djihadistes et visiblement, personne n'y pourrait rien.

    Les massacres de Boko-Haram, les coups d'états en Égypte, le terrorisme galopant en Lybie, l'exécution du français Hervé Gourdel par une branche de l'EI en Algérie... Tout ça est devenu une musique lancinante et un peu terrifiante mais a fini par "me couler dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard". J'allais atteindre les 35 ans et ce qui m'importait, c'était la survie de mon foyer, protéger ma femme et ma fille, travailler dur et assurer un salaire à la fin du mois. Quelques part, ces attentats, ces massacres, toutes ces histoires de géopolitique, c'était loin. Loin de mes préoccupations. Loin de moi. Loin de nous. J'étais dans un pays où je pouvais dire ce que je voulais, dessiner ce que je voulais, me moquer de qui je voulais.

    Un pays qui censurait tout de même les extrémistes qui prenaient l'humour en otage pour énoncer leurs théories paranos, racistes et antisémites. Un pays qui disait merde à Dieudonné et j'étais le premier à m'en féliciter (et je m'en félicite toujours).

    Un pays qui, le 7 janvier au matin, n'imaginait même pas que des fous furieux encagoulés étaient sur le point de tenter (je dis bien tenter) de tuer Charlie. Tuer notre chère liberté d'expression. Des fous qui croyaient que seuls Charb, Cabu, Tignous, Volinski et Honoré étaient Charlie. Des fous qui ne pensaient pas qu'ils n'auraient jamais assez de balles pour éradiquer Charlie. Car Charlie était légion. Charlie, c'était vous, moi, le voisin du dessus, le barman, le comptable, l'avocat, la danseuse étoile, la nageuse, le tennisman, le ramasseur de balles, le bébé qui venait de naitre...

    Du haut de mes 35 ans, j'avais compris ce qui se tramait. Les enjeux. J'avais suivi les actualités depuis bien longtemps, je m'abreuvais à diverses sources d'information et le monde n'était pas un vaste complot créé par un axe américano-sioniste. Non, le terrorisme avait ses origines, diverses, variées... Et surtout complexes.

    Et c'est ce terrorisme-là que les élèves de 4e et 3e ont découvert. Ils l'ont pris en pleine poire un jour de début janvier. Il n'étaient pas les témoins du 11 septembre. Et c'est ce qu'a choisi de nous conter Cypora Petitjean-Cerf, déjà auteure d'un témoignage sur les classes-relais, puis de quatre romans, dont "Le Corps de Liane" (dont je vous recommande chaudement l'achat). Cypora n'est pas qu'auteure, elle est d'abord professeur de français dans un collège de proche banlieue parisienne. Elle porte un amour incroyable pour son métier et même si celui-ci l'empêche d'écrire autant qu'elle le voudrait, elle n'imagine pas quitter l'enseignement et surtout les élèves qui chaque jour semblent l'étonner, dont la variété des personnalités, des émotions, des comportements, sont un objet d'étude, de fascination permanents pour elle. Ses élèves, elles les aiment humainement, tente de les comprendre, fixe des limites car je cite "un prof n'est pas un éducateur".

    "Ce jour-là, j'ai commencé à détester les terroristes", c'est un livre qui nous parle de l'adolescence, mise en lumière par les feux de l'actualité. Ces adolescents sont ceux que nous avons été (Internet en moins), ceux que sont nos enfants. Cypora a demandé à ses élèves, après les attaques contre Charlie Hebdo et contre l'Hyper Casher de la porte de Vincennnes, d'étaler sur une feuille blanche, leur perception des événéments du 7, 8 et 9 janvier. Sans censure. Sans filet. "En 2014-2015, j'enseigne à deux classes de 4e et à deux classes de 3e. (...) Ce livre raconte la manière dont les adolescents ont vécu, reçu (parfois en pleine figure) et compris les événements des 7, 8 et 9 janvier 2015. Il montre ces événements par les yeux d'un jeune public mélangé, représentatif de la population française dans sa richesse et sa diversité."'

    "Ce jour-là, j'ai commencé à détester les terroristes" n'est pas un titre inventé. Personne ne s'est installé autour d'une table pour trouver un titre accrocheur. Non, c'est la parole de C., une élève de collège : "...Le principal nous a dit qu'on était bloqués dans le collège et j'ai paniqué. Certes, je n'avais aucune émotion sur mon visage, mais je pleurais intérieurement. Dans la cour, mon amie était en larmes. Et c'est ce jour-là que j'ai commencé à détester les terroristes."

    Car précisons que ce collège n'est pas situé n'importe où. Il n'est pas loin de Montrouge, où Clarissa Jean-Philippe a perdu la vie, première victime d'Amedy Coulibaly. Ce matin du 8 janvier, le quartier a été bouclé, les portes du collège fermées. Avec l'angoisse que ça a pu susciter auprès des adolescents : "Où sont les terroristes ? Sommes-nous en danger ? Qu'est-ce qui se passe vraiment ? "

    Cypora nous dépeint donc les réactions aussi diverses que variées des collégiens face à ces événements. Bien sûr, leur milieu d'origine, leur "classe sociale", leur éducation, leur personnalité... Toutes leurs réactions découlent de ces facteurs. Certains enfants sont restés distants, d'autres ont réagi dans l'émotion. Cypora décortique les réactions de collégiens en les mettant en lumière vis à vis de qui ils sont, d'où ils viennent, ce qu'elle connait d'eux en tant que professeur investie, en tant qu'être humain.

   Cypora ne juge jamais la parole d'un collégien. Elle exprime ses doutes et ses peurs mais elle n'est pas manichéenne.

    Avec ce livre, on trouve enfin de la nuance. La nuance des propos, des pensées, du ressenti des collégiens. On comprend qu'il ne s'agit pas d'une guerre entre partisans des frères Kouachi et de Coulibaly contre les partisans de Charlie. Il ne s'agit pas d'un affrontement ethnique et encore moins inter-religieux. On trouve de tout : ceux qui pensent que Charlie l'a bien cherché, celle qui a été "horriblifiée", ceux qui s'en foutent et qui pensent que les événements de janvier "c'est déjà trop vieux". Ceux qui sont mécontent des caricatures de Mahomet mais qui sont encore plus mécontent de l'assassinat des dessinateurs. Il y a les croyants qui prônent l'islam en tant que religion de paix, il y a les non-croyants, les dieudonnistes, les théories de complots expliquées par Cypora dans un monde où les enfants d'internet n'ont pas appris à croiser leurs informations, à les vérifier. Dans un monde où beaucoup d'adolescents recherchent des sensations, de la contradiction des paroles du monde des adultes (gouvernants, médias, enseignants).

    Cypora nous raconte les adolescents d'aujourd'hui. Elle les mets sous le projecteur d'une actualité lourde et elle analyse leurs propos.

    Je ressors de cette lecture enrichi et quelque part rassuré. Oui, dans ce monde, tout est nuance et je viens de terminer un livre de terrain, qui remonte la réalité telle qu'elle est, et non pas une réalité fantasmée comme beaucoup de fanatiques de tous bords essaient de la dépeindre (extrême droite en tête).

Je vous invite à l'acheter, pour vous, mais surtout, n'hésitez pas à mettre "Ce jour-là, j'ai commencé à détester les terroristes" entre les mains de vos ados...


jeudi 5 décembre 2013

Réinventer

Starting over

Bon, j'ai presque terminé les corrections. Non pas que je me sois précipité, c'est juste que j'avais déjà réalisé un gros travail de correction en amont, pendant la conception du récit. En gros, chaque chapitre a été relu, retouché, recommencé, bichonné au fil de l'eau et pas question de passer au suivant tant qu'il restait ne serait-ce qu'une poussière sur l'écran. Donc, je retrouve peu de coquilles, peu de fautes, ce qui est nouveau chez moi. J'ai surtout ajouté des passages, travail toujours délicat lorsqu'il s'agit de les insérer dans un texte déjà construit. Il faut demander aux autres de se pousser, de faire de la place et de considérer le nouveau paragraphe venu comme un des leurs. Ne pas lui montrer qu'il est venu parfois, un an après les autres. Le nouveau venu doit trouver sa place, prendre le rythme de ceux qui sont déjà là. Il doit se fondre dans la masse, il est même supposé apporter une valeur ajoutée au texte de départ. Comme un remplaçant au foot, il doit s'intégrer, dynamiser l'ensemble. Rendre le tout plus fluide et plus cohérent. Quand je relis mon texte, je sais exactement ce qui est venu se greffer sur le tard, ça me saute aux yeux. Mais si ce n'est pas trop mal fait, le lecteur ne doit pas s'en rendre compte.

Maintenant que mon roman est tout beau, tout luisant, maintenant qu'il est une belle voiture rutilante, prête à faire du bruit, à pétarader, à lacher ses chevaux, je ne sais pas quoi en faire. C'est la première fois que ça m'arrive. J'hésite, j'atermoie, je tergiverse. Habituellement, je recherche des bêta lecteurs (et pas des lecteur bêta ;-)). Habituellement, j'ai besoin de validation, besoin d'avis, de ressentis. J'envoie mon manuscrit aux bonnes âmes qui sont intéressées par ce que j'ai à dire. Je l'envoie alors qu'il n'est pas fini. Cette fois, je n'en ressens pas le besoin. Je pense même que le moment de le faire lire n'est pas venu. Une ou deux personnes me l'ont demandé, et je repousse toujours le moment de le leur envoyer. Mon roman est terminé et je ne sais même pas quand je vais démarcher les éditeurs, ni lesquels. Je sais que j'en démarcherai peu et que je ne dépenserai pas beaucoup d'énergie pour ça.

En fait, je vous être franc. Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit uniquement pour moi. Pour ma thérapie, mon bon plaisir, pour gonfler mon égo (ou le dégonfler), pour me donner un rendez-vous : l'entame du prochain. Si un ou des lecteurs aiment, se reconnaissent dans ma petite voix intérieure, tout le monde sera gagnant. Mais là, mon but n'était autre que d'écrire cette biographie, celle du petit Léo (mon double, mon clône), enfant sectarisé sortant, qui a grandi dans une famille nombreuse qui s'est déracinée du Nord pour rejoindre le sud. Raconter les vingt première années de ce petit lui, ce petit moi, qui a grandi, mais qui était déjà grand dès la petite enfance car ses parents avaient consacré leur vie à EUX, à ÇA. Ce petit Léo déjà grand mais qui a du mal à grandir, voilà l'histoire que j'ai mis treize mois à écrire. Comment vit-on dans une famille nombreuse, modeste, ancrée dans une utopie et étouffée par une doctrine aux relents apocalyptiques ?

Je ne sais pas encore ce que je vais écrire après ça. Il ne va pas être aisé pour moi de revenir à de la fiction pure. A rester aussi sincère dans mon propos dans un monde que j'inventerais.

Comment on dit en anglais déjà ? Starting over. Oui, j'aime bien cette langue, en deux mots, tout est dit.

Tout est à reinventer maintenant. Comme toujours.

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vendredi 22 novembre 2013

Treize mois

 

91708679Voilà, c'est le temps qu'il m'a fallu pour écrire les vingts premières années de ma vie. Treize mois de gestation pour accoucher d'un roman de 527 pages et je n'éprouve aucune fierté de l'avoir terminé. Rien de rien. Je suis content mais je sais qu'il reste tellement à faire : corriger, corriger. Réécrire, écrire, supprimer, gommer, déplacer...

J'ai délaissé ce blog car je voulais consacrer 100% de mes mots à mon récit.

Tout ça est encore très frais. Je ne sais plus trop par quel bout prendre ce blog. Dessiner un roman, dessiner des âmes, je crois que c'est toujours d'actualité dans ma vie. Je voulais juste dire que je n'avais pas de conseils à donner en matière d'écriture car c'est une activité qui recelle à mes yeux du mystère. Je ne sais pas comment nait cette envie. Je sais ce qui la nourrit mais honnêtement, je ne conçois pas l'écriture comme une activité uniquement créatrice, comme une simple volonté de créer un monde, des personnages. Je l'ai peut-être affirmé sur ce blog par le passé mais soyons réaliste, quand on écrit, on retranscrit. Ses émotions, son resssenti, ses rêves, ses frustrations, ses errements, ses questionnements et chez moi ils sont beaucoup trop nombreux.

J'ai écrit 4 romans aujourd'hui. J'ai invité mon colocataire, celui qui prend ma place lorsque je suis en face de mon écran et que je souhaite déverser. Ce colocataire ne s'encombre pas des aspects réalistes de la vie. Il se moque de la diplomatie, il n'a que faire des loisirs, de l'oisiveté. Il mobilise toutes les fonctions cérébrales, il fait tourner la machine à plein régime. Il va aussi loin qu'il peut aller pour que ce qu'il a à dire soit fidèle à ma réalité. Ce colocataire, j'en ai découvert un peu plus sur lui. Il est en partie un enfant. Celui qui sommeille en moi. Celui qui ne comprend pas les codes et les conventions du monde des adultes. Celui qui cherche, qui creuse, qui met les mains dans le camboui, qui ne lésine pas sur les moyens pour déterrer la merde. Il prend le temps qu'il juge nécessaire pour achever l'oeuvre, il  ne mesure pas les conséquences de ses actions sur ma vie. Quand l'ouvrage est terminé, je reprends le volant. Et je trouve un champs de ruine. Le manque de tact de mon colocataire m'a souvent fait perdre un ou une amie cher(e) en route, il a semé le désordre dans mon appartement, il a tendu mes relations avec les autres au boulot, il a rendu ma vie si solitaire que je me demande qui je vais bien pouvoir contacter. Il a semé des réponses à des questions que je ne m'étais pas posées, il a levé de nouvelles interrogations. Il a mis en relief ma capacité à être un monstre, il m'a également conté la personne bien que j'étais. Il m'a révélé que j'étais toujours en devenir, mais qu'aujourd'hui, je suis encore perdu, que je ne suis jamais devenu. Il m'a permis de comprendre que mon mode de fonctionnement était la survie. Et jamais la vie. Il m'a expliqué pourquoi j'étais si désocialisé et pourquoi j'étais si inadapté aux autres. Il a cassé tous mes codes de fausseté, il m'a montré que jamais je ne deviendrai si je n'étais pas vrai dans tous les sens du terme.

Etre vrai, qu'est-ce que c'est que ça ? C'est simplement être soi, correspondre à ce que l'on est, ce que l'on veut devenir, quitte à détruire tout ce qui ne cadre pas avec ça. Ne rentrer dans aucun moule et encore moins faire semblant de le faire. Etre soi, c'est s'inventer et s'imposer. Imposer sa singularité, avancer, contre vents et marées. Quelque soit l'avis d'autrui. Etre vrai, c'est angoissant. Je n'ai pas appris à l'être. Toute ma vie, j'ai tenté de coller à un schéma préétabli. Tenté de ressembler à quelqu'un. Tenté de séduire sans jamais me demander si les bonnes personnes étaient en face de moi.

Mon colocataire m'a expliqué pourquoi c'était par le biais de l'écriture que trouvais l'unique moyen de m'exprimer. Il m'a montré qu'on n'écrivait pas par frime ou pour se donner une contenance. Que ce n'était ni un hobbi, ni un métier. Qu'il n'y avait pas de méthode. L'écriture comme seul moyen d'expression, comme l'ultime rempart qui me sépare du monde. Je suis mauvais dans ma communication orale. Maladroit, insincère. Car l'immédiateté de l'oral n'est pas faite pour moi. C'est le différé de l'écrit qui permet à ma pensée de se poser, de se structurer. Non, écrire n'est pas un snobisme. C'est un moyen de survie. C'est la seule chose qui me permette d'affirmer que je suis sur terre, de crier que je suis là et de le faire avec aise.

Avec ce roman terminé, je dois nettoyer les traces laissées par mon colocataire. Je dois prendre conscience de toutes mes vérités et espérer en ma capacité de les digérer et de trouver un moyen d'avancer.

Il faut que j'avance dans cette vie. En serai-je capable  ?

jeudi 18 octobre 2012

Tiens, que vais-je m'offrir ? Pourquoi pas Lettres Majuscules ? Pas cher en plus ! ;)

Acheter LETTRES MAJUSCULESVoici, enfin, mon roman Lettres Majuscules disponible à la vente. Je suis plutôt fier de ce petit roman qui m'a demandé beaucoup de travail. Je peux le dire, pas une phrase n'a été négligée. C'est du peigne fin. Après, on aime le style ou pas.

Avec le recul, le meilleur souvenir que je garde est celui d'avoir écrit sous la plume d'une femme. Je trouve que c'est follement amusant et déroutant. Comment savoir si l'on est crédible ? J'ai essayé en tous les cas de faire de mon mieux et puis, grandir avec trois soeurs en plus de ma mère, ça fait quand même de sacrés expériences, y a de quoi raconter.

Je n'ai pas cessé de dire que Lettres Majuscules n'est pas autobiographique, que c'est du totalement inventé mais si je le faisais lire à mon psy, je pense que je le convaincrais difficilement, même si j'étais le meilleur comédien du monde.

En fait, après trois romans et tandis que je baigne dans le quatrième (je suis à la page 64), je peux affirmer une chose : on n'écrit bien que ce que l'on connait. Je pense que tous mes écrits sont totalement moi à des degrés divers, et je pense que cette activité n'est ni plus ni moins qu'une manière de gérer ses névroses, et d'essayer de le faire avec style. Bon je vous accorde que si on se rate, on est ridicule et on ne manque pas de déclencher l'hilarité des lecteurs et de certains éditeurs.

Ça passe ou ça casse.

Vous pouvez donc acheter mon dernier roman sur le site thebookedition.com, Cliquez sur l'image ci-dessus. Le livre n'est pas très cher, il est à 11€, le PDF à 8. Je vous conseille quand même le livre papier, je reste de la vieille école :)

Merci en tous cas de me lire. Rien que votre visite sur ce blog m'honore.

À très vite !!!

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jeudi 11 octobre 2012

Déchirement

Mon colocataire est de retour. Plus d'un an qu'il ne s'était pas manifesté. Ce n'était pas faute de le solliciter, d'hurler afin qu'il revienne. Mais après les refus essuyés sur le manuscrit de "Lettres Majuscules", il a disparu. Et j'ai réalisé que sans lui, ma vie personnelle était morne, il ne me restait plus que le boulot et l'ambiance ultra malsaine dans laquelle je gravitais (j'ai tout changé : de mission, de lieu, de mode de vie et ma vie est plus saine aujourd'hui).

En juillet, j'ai vu un film Danois dont le thème évoquait mon enfance, mon adolescence, ce qui m'a (dé)construit. Ce thème (que je ne dévoilerai pas ici), a fait ressurgir mon colocataire. Il est ressorti de son hibernation et m'a contacté, il m'a dit qu'il fallait que j'écrive là-dessus. On a topé, j'ai laissé tombé tout autre projet d'écriture (notamment la suite de mon 1er roman) et j'ai décidé de l'écrire.

J'ai relaissé la place à mon colocataire, c'est lui qui drive ma vie actuelle, c'est lui qui s'exprime. Il est nettement moins jovial que moi. C'est lui qui appui sur le champignon et moi qui m'accroche à lui pour ne pas le perdre. Mon colocataire est gourmant, il exige. A travers moi, il écrit des lignes et des lignes. Les pages s'additionnent et les souvenirs affluent. Les idées s'accumulent. Et en deux semaines, voilà que j'ai écrit 51 pages de mon nouveau roman. Et je ne pense qu'à ça, je ne vis que pour ça. Je travaille toujours pour vivre actuellement et j'arrive quand même à décrocher de mon roman et à me concentrer sur mes tâches. Mais que c'est difficile. Ecrire est une véritable drogue, une addiction qui rend heureux mais jamais rassasié. Comme toute addiction.

M'éloigner de mon fichier Word me provoque donc un vrai déchirement et je ne peux pas gérer ça. C'est comme ça. J'ai attendu que mon colocataire se manifeste pendant près de dix-sept mois, je me suis morfondu, je me suis senti vaincu.

Maintenant qu'il est de retour, je n'ai qu'une peur, celle qu'il déguerpisse et me laisse en plan pour plusieurs mois ou pour toujours. Quand j'écris, j'ai toujours la sensation que c'est exceptionnel, que c'est la dernière fois que j'y arrive et je n'ai jamais eu de garantie quant à la perrénité de cette activité.

Je finis par me dire que, tout ce qui rend heureux n'est pas gratuit. Ca peut coûter très cher.

Je vis dans mon roman et je croise les doigts.

Pourvu que ça dure.

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vendredi 5 octobre 2012

Paris gagné ?

 

paris

Ça y est !

"Quoi ça y est ? Tu as été édité ?"

Que nenni, rien de nouveau depuis "Lettres Majuscules". Enfin si, je suis sur un nouveau projet d'écriture dont le titre de travail est "Jah n'est plus" mais qui pourrait devenir "Toi, petit Raphael". Je n'en dit pas plus pour le moment mais je vous assure, les trente pages que j'ai, ça déchire grave, je suis très fier de moi et c'est assez rare pour le souligner.

Donc pour revenir à l'affirmation de départ : ça y est ! J'ai tout changé. J'ai quitté mon amour de ville qui me faisait trop souffrir.

"Paris, je t'aime mais je te quitte, tu me fatigues, tu me stresses, nous, c'est plus comme avant, on ne sort plus, on ne se parle plus. Ton métro, je peux plus le piffrer et tes gens, ils sont trop nombreux, je ne supporte plus de partager une partie de mon sommeil en leur compagnie (oui, je dormais sur tous mes trajets allers et retours les derniers temps). Paris, à cause de toi et de ton hyperactivité, je ne lisais plus depuis presqu'un an, l'écriture était devenue une douce utopie, Monsieur Zoloft était devenu plus qu'une béquille, un véritable ami.

Paris, je t'ai quitté mais je te le promets, je reviendrai te voir car je t'aime plus que jamais. Et c'est parce que je t'aime que je te quitte. Tu me manques tous les jours mais tous les jours je suis heureux de ne plus faire partie de toi. Mon temps libre a doublé, la vie tourne au ralenti. Non en fait la vie est normale, c'est chez toi que la vie défile, que la terre tourne. Tu bouges, tu bouges et si on ne bouge pas en cadence avec toi, si par malheur,  on s'arrêtepour reprendre son souffle, on perd l'équilibre, on tombe, on se cogne à tes parois.

Je vis désormais dans la cité de Gones. Une ville qui est digne de toi, une petite soeur qui n'est pas dépourvue de charme et qui m'accueille.
Grace à ce changement radical de vie, je redécouvre les joies de la lecture (je viens de terminer "Les lisières" d'Olivier Adam, et je reprend la lecture de "La Belle Année" de mon amie Cypora Petitjean-Cerf), les joies de la musique (je viens de m'acheter un coffret des plus grands titre de blues, un autre de musique classique et deux albums de Norah Jones), les joies de l'écriture (et qu'est-ce que c'est bon). "

L'ordre semble revenir, ma plume frétille de nouveau, j'ai faim...

dimanche 24 juin 2012

Tout détruire pour tout reconstruire

 

reconstruction

Hello tout le monde.

Une éternité que je ne me suis pas connecté à ce blog, je m'en excuse mais quand on a rien à dire, il est mieux de se taire. J'ai repris la position d'apprenti en écriture, j'ai la sensation d'avoir tout désappris et de repartir totalement de zéro, en dessous de zéro même. Et je trouve ça vraiment bien parce que dans la vie, les périodes pendant lesquelles je me sens le plus heureux sont celles où je repars de rien.

Tout détruire, tout reconstruire en ayant déblayé au préalable.

Pendant cette période de silence, je n'ai pas été inactif. J'ai beaucoup réfléchi. Puisque je ne peux pas arrêter cette drogue qu'est l'écriture, je dois trouver de nouvelles motivations et comprendre ce qui m'a freiné jusqu'à maintenant. Ce qui m'a le plus freiné je peux le dire, c'est cette hantise de ne pas trouver d'éditeur. J'ai beaucoup écrit avec le frein à main, la peur au ventre, la sensation d'être ridicule dans ma démarche. Je me suis dit que sans l'aval d'un éditeur, mes écrits ne valaient rien. Et bien sûr je n'ai pas écouté mes lecteurs, ceux qui me connaissent et ceux qui ont acheté mes livres sur bookedition.com par hasard.

Aujourd'hui, je fais le bilan, j'ai très très peu démarché les éditeurs : 12 pour le premier roman (dont trois lettres de refus personnalisées et un email) 10 pour le deuxième (deux lettres personnalisées qui m'ont encouragé à continuer) et 8 pour le troisième. Là où les autres scribouillards disent démarcher 40 à 50 éditeurs. Je me suis demandé pourquoi j'étais si mauvais dans ces démarches. Pourquoi mes lettres d'accompagnement du manuscrit étaient aussi pitoyables, à mille lieux de mes capacités réelles. Et j'ai réalisé que j'aimais plus que tout au monde le travail artisanal. Que j'aimais tout faire de A à Z. Que l'écriture était aux antipodes de ma vie professionnelle, laquelle est régie par la hiérachie, l'approbation, la directive. Laquelle ne répond chez moi à aucun besoin créatif, au contraire, elle exige que je sois carré, que je respecte des procédures toutes faites. Vie dans laquelle je joue un rôle permanent, fais semblant de montrer que je suis motivé, que ce que je fais m'intéresse. Alors, imprimer et relier des manuscrits avec des règles bien précises, ça me dérange, ça me fait perdre de l'énergie. Et s'il faut dépenser ce genre d'énergie, autant que ce soit fait par moi-même, comme je l'entends, à ma façon.

C'est pour cette raison que je vais poursuivre dans la voie de l'autoédition, plus sérieusement, voir comment procéder pour faire parler de mes romans.

Actuellement je prépare la suite de "134 rue de Belleville - Tome 1 - La vie selon Max". Je réalise la difficulté de l'exercice et hallucine d'avoir réussi à boucler 495 pages avec autant d'aisance la première fois. J'attribue ça à la fougue du débutant, celui qui ignore où il met les pied et avance sans savoir le nombre de kilomètres parcourus.

Je vais essayer de revenir plus régulièrement pour partager ma vie d'écriture qui semble reprendre, petit à petit.

Merci !

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lundi 9 janvier 2012

On fait quoi en 2012 ?

gastonQuinze petits messages, des coups de gueule, du découragement... Voilà le bilan 2011 de ce blog. Un blog déserté, abandonné par son auteur, curieusement pas délaissé par ses lecteurs. Curiosité absolue, l'affluence n'a jamais été aussi bonne que depuis que je ne poste plus. Trop d'info tue-t-elle l'info ? Trop d'états d'âme, trop de passion n'est-il pas un frein à la passion ?

Il est clair que 2011 et mon troisième roman auront causé de gros dégats dans mon activité de scribouillard. Chaque refus d'éditeur n'a pas été digéré, le découragement a pris le dessus, la passion s'est muée en dégout. De plus, de 2008 à 2011, j'avançais au rythme d'un roman par an et je ne me posais pas plus de questions que ça. J'étais intimement persuadé que ça allait marcher très vite et je travaillais dans l'urgence de me dire "il faut que ça marche maintenant sinon ça ne marchera jamais". Et je me suis fatigué. Ecrire est devenu un fardeau, je n'avais plus aucune idée neuve, je ne savais plus où je devais aller, et quand j'écrivais je sonnais faux. J'ai fini par jouer à écrire, par m'écouter écrire, et plus jamais écrire.

On n'écrit pas dans le but unique d'être édité, ça ne marche pas. On écrit parce qu'on a envie de raconter. Et aussi quand on a du temps à consacrer à cette activité. Je n'ai eu ni envie ni temps en 2011. J'ai simplement vécu et rechargé. Et ce n'est pas fini.

Je sais que mademoiselle Idée est toujours présente, que madame écriture n'est pas pressée. Messieurs les Mots sont disponibles à toute heure, mon colocataire lui s'est manifesté différemment ces derniers temps. Il m'a fait prendre un crayon, une gomme et une feuille blanche et il s'est mis à dessiner. Dessiner, non un roman, mais dessiner pour de vrai. Et j'ai découvert, à bientôt 32 ans que je savais dessiner d'une part, que c'était une activité qui me permettait de faire taire mes nombreuses voix intérieures qui se percutent trop souvent dans ma petite tête. Donc actuellement, je ne lis pas, je n'écris pas, je dessine. Juste pour le plaisir, pour moi, pour réapprendre à me concentrer sans me poser de questions.

Je reprendrai l'écriture quand cette activité me permettra de nouveau de me sentir créatif et de canaliser à la fois toutes ces voix qui ont fini par semer la pagaille dans ma tête... Quand ces conditions seront réunies, quand ça deviendra spontané, tout redeviendra faisable...

J'espère que ce jour n'est pas loin, je sais que j'ai le temps. Dans ma vie, je n'ai pas appris à le prendre ce temps. Mais c'est ma résolution pour cette année 2012 : prendre le temps afin que cette année soit belle, heureuse et épanouie... Ce que je vous souhaite, vous qui me suivez depuis presque deux ans maintenant...

dimanche 4 décembre 2011

Quelques news...

Non, ce blog n'est pas mort, juste un peu en sommeil. Il prend des forces, se requinque. Les seaux de l'imaginaire se remplissent, tout comme ma jauge d'énergie : on fait le plein...

J'ai pris de nouvelles résolutions avant la nouvelle année.

Déjà avant de commencer, je vous prie d'excuser mon silence, mon absence, mes colères envers le monde de l'édition et surtout l'abandon de cette recherche des mots que j'ai tant affectionnée...

Concernant l'écriture, j'ai laissé tombé un roman intitulé "Anarchie" qui était avancé (120 pages). Je l'avais interrompu pour terminer "Lettres Majuscules". Récemment, je l'ai rouvert et ça ne m'allait plus. J'ai décidé de sonder dans chacun de mes écrits si c'était bien ma voix intérieure qui s'exprimait, si je racontais vraiment quelque chose ou si je me regardais écrire, si je m'écoutais raconter. En relisant "Anarchie", je me suis trouvé insincère, ma voix intérieure était fluette, le ton superficiel, creux, arrogant... Je laisserai cette histoire à l'état de brouillon.

Aujourd'hui, j'ai prévu de démarcher 30 maisons d'édition pour "Lettres Majuscules", j'en ai déjà fait 5, avec 4 refus officiels (Stock, Dilettante, l'Olivier et Gallimard) un probable refus (Arléa). Je les imprime et les envoie au compte goutte. Rien n'y fait, je ne digère jamais un refus. J'essaie d'être juste, me dire qu'ils ont de bonnes raisons, que mon roman n'est peut-être pas abouti, puis il suffit que je lise un roman que l'un de ces éditeurs a publié et que je juge très médiocre pour enrager... Donc j'y vais doucement et n'espère vraiment plus d'édition ou de carrière dans le livre. Je tente au cas où, sait-on jamais. C'est dur peut-être, mais je pense que le rêve nous rend souvent plus malheureux que l'acceptation de la réalité.

Fort de ce nouvel état d'esprit et délivré d'ambition éditoriale, je vais m'atteler à la suite de "La vie selon Max". J'en avais 37 pages d'écrites, mais je vais faire prendre une autre direction à l'histoire, la toile est donc à recouvrir...

Écrire chez moi n'est plus une urgence, ni même un besoin, c'est juste comme ça, une envie de créer un monde. Je pourrais vivre sans, mais puisque j'ai la possibilité de le faire et puisque j'ai aussi quelques lecteurs (merci à vous) qui ont vraiment aimé La vie selon Max, eh bien ça me suffit, je vais la dessiner cette nouvelle histoire. Sans contrainte de temps, sans contraintes tout court.

Je vous souhaite un bel hiver et vous dis à très vite...

jeudi 15 septembre 2011

La vie quoi...

lifePour répondre à une question qui m'a été posée à plusieurs reprises ces derniers temps : non je n'ai pas arrêté l'écriture. J'ai simplement suivi mon envie, mon instinct, celui de prendre du recul, celui de ne plus penser écriture lecture. Ces six derniers mois, j'ai traversé une période de boulot intense, qui ne laissait la place à aucune activité créatrice. Au début de l'année, j'ai mené de front mes deux activités : travail et écriture. J'ai terminé au mois de mars mon 3e roman que je n'ai relu qu'une fois. J'ai cru bon démarcher quatre éditeurs et pas un de plus, me disant que tout était abouti. Et je me suis fourvoyé. Mon manuscrit n'était pas mauvais, il était simplement bourré de fautes d'orthographe, grammaire, syntaxe, pléonasmes, contre-sens et compagnie. Moi qui pronait habituellement la relecture à outrance, le travail de fourmis, je me suis satisfait d'un manuscrit terminé à 90%. Et j'ai pris mes refus, et je me suis braqué. Je reste toujours en colère contre le refus du Dilettante car les raisons de celui-ci m'ont parues hypocrites au regard de ce qu'ils publient. Bref, j'ai eu ces quatre refus et je me suis senti découragé, au bord du gouffre, l'écriture était devenue synonyme d'angoisse, la lecture de corvée absolue. Alors j'ai décidé de tout arrêter, de m'acheter quelques Blue Ray, de regarder des films chewing gum et des films d'auteurs. D'écouter plus de musique, de vivre plus. Puisque je travaillais intensément pour gagner ma croute, il fallait que me libère les neurones. Et mine de rien, en trois ans d'écriture et trois romans et demi, je ne me l'étais pas beaucoup accordé.

Lorsque j'ai démarché ces éditeurs, une connaissance amie écrivaine éditée chez Stock et qui en est à son quatrième roman, m'a proposé gentiment de corriger mon manuscrit Lettres Majuscules. J'ai bien sûr sauté sur l'occasion et je peux dire que son geste a vraiment été incroyablement sympa puisqu'elle était elle-même dans les corrections de son roman à paraitre pour l'année prochaine. Quand elle a terminé les corrections et qu'elle me les a rendues, j'ai halluciné, elle avait gribouillé, barré, suggéré, (les petits smileys à côté des passages qu'elle aimait, c'était jubilatoire), elle avait tout revu, mot par mot. Et elle m'a permis de réaliser que j'étais trop impatient. Que les idées et un talent potentiel, ça ne suffisait pas. Elle m'a expliqué qu'écrire c'est réécrire. Que j'avais baclé le travail le plus long, le plus ingras, le plus important et qu'à ce titre, elle pensait que je ne méritais pas encore l'édition de mon manuscrit.

Le moins que l'on puisse dire est que ça m'a fait gamberger. J'étais piqué dans mon orgueil tout de même. J'ai mis le manuscrit de côté. Je n'ai reporté aucune correction de tout l'été, j'ai continué le break que j'avais décidé, les corrections attendraient, il n'y avait pas le feu au lac. L'été a passé, et je suis un peu parti, au vert auprès de ma chérie et de ses enfants, je me suis ressourcé, j'ai reçu beaucoup d'amour et j'en ai donné, je suis rentré à Paris pour bosser, puis c'est ma chérie qui est venue à moi et nous avons vécu une semaine magique à Paris, tous les deux seuls au monde. Puis elle est repartie à ma grande tristesse et j'ai repris le travail, plus dur encore, plus intense. Et subrepticement, je me suis remis à lire, comme ça l'air de rien, sans m'en rendre compte. Et j'ai dépoussiéré le manuscrit corrigé et j'ai commencé à reporter les corrections. Puis je suis reparti une dernière semaine, sur L'Île de Ré exactement, coupé de la civilisation, du métro, du boulot (pas du dodo), de toute la pression qui finit par me tuer lorsque je ne sors jamais de Paris. J'ai lu encore et encore, corrigé encore et encore, puis lu. Le dernier livre de Delphine de Vigan m'a transporté très loin, il m'a fait pleurer comme rarement un livre n'y était parvenu auparavant, m'a fait réfléchir et cette réflexion n'est pas terminée. Je suis rentré de L'Île de Ré ressourcé, remusclé (c'est que le vélo intense ça muscle) et démotivé au niveau professionnel.

Je n'ai pas encore retrouvé l'adrénaline nécessaire au boulot, et je suis en plein questionnement sur ma vie d'écriture, sur mes capacités réelles, sur mes motivations. Je me sens aujourd'hui plus imposteur qu'auteur. Je fais comme les écrivains, je les singe, mais suis-je sincère ? La voix intérieure qui ressort de mes écrits est-elle la mienne ? Ai-je trouvé ma voie ? Quel est mon style ? En ai-je seulement un ?

Je vais continuer à me poser ces questions que je pense essentielles quant à la survie ou à l'arrêt de l'activité romanesque.

Je vais essayer de me remettre de la lecture de "Rien ne s'oppose à la nuit" (terminé hier), je n'en fais même pas de chronique car cette fois-ci, je reste sans voix, ému, heureux, triste.

Merci.