Mon colocataire est de retour. Plus d'un an qu'il ne s'était pas manifesté. Ce n'était pas faute de le solliciter, d'hurler afin qu'il revienne. Mais après les refus essuyés sur le manuscrit de "Lettres Majuscules", il a disparu. Et j'ai réalisé que sans lui, ma vie personnelle était morne, il ne me restait plus que le boulot et l'ambiance ultra malsaine dans laquelle je gravitais (j'ai tout changé : de mission, de lieu, de mode de vie et ma vie est plus saine aujourd'hui).

En juillet, j'ai vu un film Danois dont le thème évoquait mon enfance, mon adolescence, ce qui m'a (dé)construit. Ce thème (que je ne dévoilerai pas ici), a fait ressurgir mon colocataire. Il est ressorti de son hibernation et m'a contacté, il m'a dit qu'il fallait que j'écrive là-dessus. On a topé, j'ai laissé tombé tout autre projet d'écriture (notamment la suite de mon 1er roman) et j'ai décidé de l'écrire.

J'ai relaissé la place à mon colocataire, c'est lui qui drive ma vie actuelle, c'est lui qui s'exprime. Il est nettement moins jovial que moi. C'est lui qui appui sur le champignon et moi qui m'accroche à lui pour ne pas le perdre. Mon colocataire est gourmant, il exige. A travers moi, il écrit des lignes et des lignes. Les pages s'additionnent et les souvenirs affluent. Les idées s'accumulent. Et en deux semaines, voilà que j'ai écrit 51 pages de mon nouveau roman. Et je ne pense qu'à ça, je ne vis que pour ça. Je travaille toujours pour vivre actuellement et j'arrive quand même à décrocher de mon roman et à me concentrer sur mes tâches. Mais que c'est difficile. Ecrire est une véritable drogue, une addiction qui rend heureux mais jamais rassasié. Comme toute addiction.

M'éloigner de mon fichier Word me provoque donc un vrai déchirement et je ne peux pas gérer ça. C'est comme ça. J'ai attendu que mon colocataire se manifeste pendant près de dix-sept mois, je me suis morfondu, je me suis senti vaincu.

Maintenant qu'il est de retour, je n'ai qu'une peur, celle qu'il déguerpisse et me laisse en plan pour plusieurs mois ou pour toujours. Quand j'écris, j'ai toujours la sensation que c'est exceptionnel, que c'est la dernière fois que j'y arrive et je n'ai jamais eu de garantie quant à la perrénité de cette activité.

Je finis par me dire que, tout ce qui rend heureux n'est pas gratuit. Ca peut coûter très cher.

Je vis dans mon roman et je croise les doigts.

Pourvu que ça dure.