lifePour répondre à une question qui m'a été posée à plusieurs reprises ces derniers temps : non je n'ai pas arrêté l'écriture. J'ai simplement suivi mon envie, mon instinct, celui de prendre du recul, celui de ne plus penser écriture lecture. Ces six derniers mois, j'ai traversé une période de boulot intense, qui ne laissait la place à aucune activité créatrice. Au début de l'année, j'ai mené de front mes deux activités : travail et écriture. J'ai terminé au mois de mars mon 3e roman que je n'ai relu qu'une fois. J'ai cru bon démarcher quatre éditeurs et pas un de plus, me disant que tout était abouti. Et je me suis fourvoyé. Mon manuscrit n'était pas mauvais, il était simplement bourré de fautes d'orthographe, grammaire, syntaxe, pléonasmes, contre-sens et compagnie. Moi qui pronait habituellement la relecture à outrance, le travail de fourmis, je me suis satisfait d'un manuscrit terminé à 90%. Et j'ai pris mes refus, et je me suis braqué. Je reste toujours en colère contre le refus du Dilettante car les raisons de celui-ci m'ont parues hypocrites au regard de ce qu'ils publient. Bref, j'ai eu ces quatre refus et je me suis senti découragé, au bord du gouffre, l'écriture était devenue synonyme d'angoisse, la lecture de corvée absolue. Alors j'ai décidé de tout arrêter, de m'acheter quelques Blue Ray, de regarder des films chewing gum et des films d'auteurs. D'écouter plus de musique, de vivre plus. Puisque je travaillais intensément pour gagner ma croute, il fallait que me libère les neurones. Et mine de rien, en trois ans d'écriture et trois romans et demi, je ne me l'étais pas beaucoup accordé.

Lorsque j'ai démarché ces éditeurs, une connaissance amie écrivaine éditée chez Stock et qui en est à son quatrième roman, m'a proposé gentiment de corriger mon manuscrit Lettres Majuscules. J'ai bien sûr sauté sur l'occasion et je peux dire que son geste a vraiment été incroyablement sympa puisqu'elle était elle-même dans les corrections de son roman à paraitre pour l'année prochaine. Quand elle a terminé les corrections et qu'elle me les a rendues, j'ai halluciné, elle avait gribouillé, barré, suggéré, (les petits smileys à côté des passages qu'elle aimait, c'était jubilatoire), elle avait tout revu, mot par mot. Et elle m'a permis de réaliser que j'étais trop impatient. Que les idées et un talent potentiel, ça ne suffisait pas. Elle m'a expliqué qu'écrire c'est réécrire. Que j'avais baclé le travail le plus long, le plus ingras, le plus important et qu'à ce titre, elle pensait que je ne méritais pas encore l'édition de mon manuscrit.

Le moins que l'on puisse dire est que ça m'a fait gamberger. J'étais piqué dans mon orgueil tout de même. J'ai mis le manuscrit de côté. Je n'ai reporté aucune correction de tout l'été, j'ai continué le break que j'avais décidé, les corrections attendraient, il n'y avait pas le feu au lac. L'été a passé, et je suis un peu parti, au vert auprès de ma chérie et de ses enfants, je me suis ressourcé, j'ai reçu beaucoup d'amour et j'en ai donné, je suis rentré à Paris pour bosser, puis c'est ma chérie qui est venue à moi et nous avons vécu une semaine magique à Paris, tous les deux seuls au monde. Puis elle est repartie à ma grande tristesse et j'ai repris le travail, plus dur encore, plus intense. Et subrepticement, je me suis remis à lire, comme ça l'air de rien, sans m'en rendre compte. Et j'ai dépoussiéré le manuscrit corrigé et j'ai commencé à reporter les corrections. Puis je suis reparti une dernière semaine, sur L'Île de Ré exactement, coupé de la civilisation, du métro, du boulot (pas du dodo), de toute la pression qui finit par me tuer lorsque je ne sors jamais de Paris. J'ai lu encore et encore, corrigé encore et encore, puis lu. Le dernier livre de Delphine de Vigan m'a transporté très loin, il m'a fait pleurer comme rarement un livre n'y était parvenu auparavant, m'a fait réfléchir et cette réflexion n'est pas terminée. Je suis rentré de L'Île de Ré ressourcé, remusclé (c'est que le vélo intense ça muscle) et démotivé au niveau professionnel.

Je n'ai pas encore retrouvé l'adrénaline nécessaire au boulot, et je suis en plein questionnement sur ma vie d'écriture, sur mes capacités réelles, sur mes motivations. Je me sens aujourd'hui plus imposteur qu'auteur. Je fais comme les écrivains, je les singe, mais suis-je sincère ? La voix intérieure qui ressort de mes écrits est-elle la mienne ? Ai-je trouvé ma voie ? Quel est mon style ? En ai-je seulement un ?

Je vais continuer à me poser ces questions que je pense essentielles quant à la survie ou à l'arrêt de l'activité romanesque.

Je vais essayer de me remettre de la lecture de "Rien ne s'oppose à la nuit" (terminé hier), je n'en fais même pas de chronique car cette fois-ci, je reste sans voix, ému, heureux, triste.

Merci.